L’arbitrage ivoirien traverse aujourd'hui une crise profonde, qui dépasse largement les incidents de matches individuels pour révéler un mal structurel : celui d'un système favorisant le favoritisme, l’irresponsabilité et l'impunité au détriment du mérite et du professionnalisme.
Les récents événements qui ont secoué le championnat local en sont la parfaite illustration.
Des scandales à répétition qui fragilisent l'écosystème
Sans revenir exclusivement sur la très contestée rencontre entre le Leader Sporting Club de Marcory et l'US Tchologo, où des décisions arbitrales contestées ont conduit à l'envahissement du terrain par des supporters furieux, il est important de souligner que ce genre de scène n'est plus l'exception mais bien devenu un symptôme récurrent.
Quelques jours plus tard, l’incident impliquant Serey Dié Geoffroy, ancien capitaine des Éléphants et aujourd'hui entraîneur de l'AS Tanda, a mis en lumière une autre facette tout aussi inquiétante du problème : le manque de respect des officiels envers des acteurs clés du renouveau sportif.
Alors qu’il contestait des décisions durant un match de son équipe, Serey Dié a été publiquement humilié par un 4ᵉ officiel lui lançant :
"On n'est pas au concert de Josey !"
Une attaque gratuite mêlant vie privée et fonction professionnelle, révélant un profond déficit de respect et de déontologie.
Le mal est ancien mais persistant
La Côte d’Ivoire n'est pas étrangère aux critiques liées à l’arbitrage. L’histoire récente nous rappelle que des accusations de corruption avaient terni l'image de nos arbitres sur la scène internationale, contribuant à une longue période d'isolement et de méfiance, malgré les efforts de figures comme Désiré Doué Noumandiez qui avaient redonné de l'espoir.
Or, à peine la réputation semblait-elle en voie de réparation que de nouveaux comportements viennent anéantir les efforts entrepris.
Ce cycle d’autosabotage, entretenu par le favoritisme dans les désignations, l'absence de sanctions exemplaires et la promotion de la médiocrité, menace non seulement l'intégrité de nos compétitions, mais aussi l’attractivité de la discipline pour de potentiels cadres issus du monde professionnel.
Une menace pour la relève
Les conséquences sont déjà palpables : des anciens joueurs comme Serey Dié, porteurs d'une expérience internationale précieuse, se heurtent à des pratiques qui dévalorisent leur engagement.
À terme, si ces comportements persistent, ils dissuaderont de nombreux anciens internationaux d’investir leur énergie dans la formation et le management local, privant les jeunes générations de mentors solides.
Ce sont donc les racines mêmes du développement de notre football qui sont menacées : sans formation d'arbitres compétents et respectueux, sans intégration des anciens professionnels dans les structures techniques, sans justice sportive équitable, aucune évolution durable n'est possible.
Il est temps d’agir
Le football ivoirien est à un tournant.
Les autorités sportives doivent prendre la mesure de la gravité de la situation et mettre en place des réformes courageuses :
La survie et la crédibilité du football ivoirien en dépendent.